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  • Catherine Condrotte

La construction de l’image « corporelle » de l’adolescent à l’ère 2.0

Les adolescents d’aujourd’hui sont nés dans une société visuelle. L’image est centrale dans notre communication. A l’ère des smartphones nous pouvons tous produire des images, les mettre en scènes et les modifier facilement.


Les adolescents sont assaillis d’images de corps parfait sur tous les média. L’idéal beauté de notre société corps mince, formes généreuses pour les femmes, corps musclé pour les hommes est véhiculé dans les jouets, les magazines, les séries télé, les publicités et les influenceurs sur les réseaux sociaux.


Les réseaux sociaux des miroirs déformants


Les réseaux sociaux nous ouvrent certes la porte sur des milliers de contacts potentiels, ils nous offrent le monde. N’importe qui peut ouvrir un compte et commencer à publier. La toile est composée de milliard de photos, de textes réalisés par tout en chacun, visibles par des amis ou l’univers entier. Ces nouveaux médias sont des plates-formes d’expression libre. Le revers de la médaille est qu’ils reflètent un quotidien mis en scène et bien souvent magnifié. Chacun y va de son post sur ce qu’il a mangé, le voyage de rêve qu’il a fait, ses nouvelles tenues, ses défis sportifs, … très rare sont les personnes qui exposent leur revers, leurs erreurs, leur corps en souffrance.


Pour affronter, les énormes changements corporels et psychiques qu’ils ont à gérer et à digérer, les adolescents cherchent le conformisme ou le mimétisme par rapport à leurs groupes d’amis. A notre époque le « groupe d’amis » inclut aussi des personnes uniquement rencontrées sur les réseaux sociaux et pas seulement les copains de classe ou des activités sportives et culturelles. Ils conversent et s’identifient avec des personnes qu’ils n’ont jamais rencontrées dans la vie de tous les jours et sans le « filtre » de l’écran. Cela peut poser problème car ils ne savent pas toujours à quel point les images partagées sont retouchées.

En cumulant les images « corporelles » magnifiées dans tous les médias, le jeune risque d’être face à une représentation du corps beaucoup trop idéalisée et il peut être en souffrance face aux « dictats de la beauté » sans cesse véhiculés.


Au moment où l’adolescent se cherche et se construit les réseaux sociaux peuvent être une plaie parce qu’ils brouillent la réalité. Les adolescents n’ont pas toujours conscience que le monde qui est plébiscité sur la toile est un monde idéal composé d’histoires choisies et de photos mises en scène et presque toutes retouchées pour gommer les défauts.


Faire partie d’un groupe, le besoin « d’amour et de reconnaissance »


Deuxième effet kiss cool* lié aux réseaux sociaux et à la construction de l’image de soi à l’adolescence. Les personnes qui pratiquent la toile s’exposent volontairement pour recevoir un peu « d’amour ou de reconnaissance » à travers les likes. Les adolescents veulent plaire à tout prix et se montrer sous leur meilleur jour pour recevoir des likes et éviter les commentaires acerbes. Le besoin « d’amour ou de reconnaissance » très fort chez les adolescents que l’on retrouve aussi chez les adultes est exploité de façon machiavélique par les concepteurs des réseaux sociaux. Non seulement ils jouent sur notre corde sensible mais en plus ils nous piègent dedans grâce à un phénomène physiologique lié aux hormones du bonheur (dopamine, ocytocine, sérotonine, endorphine). Chaque fois que nous sommes en interaction sur les réseaux sociaux que nous parlons de nous ou que nous recevons un like nous recevons une dose de ces hormones du bonheur. Plus on reçoit de shots plus on en demande. Les adolescents mal dans leur peau qui reçoivent peu de « like » malgré de nombreux posts risque de se dévaloriser encore plus.


Quelques pistes destinées aux parents, éducateurs, professeurs, jeunes fossiles (frères et sœurs sortis de l’adolescence) pour aider les adolescents à sortir de l’impasse.

Au lieu de diaboliser les réseaux sociaux et de les vilipender choisissons plutôt :

  • d’éduquer à leur utilisation.

  • de montrer les coulisses de la fabrication des images de rêves.

  • d’encourager la mixité des points de vue et d’introduire d’autres mouvements de penser comme le body positive ou le body neutrality dans les fils d’actualités des adolescents pour montrer la pluralité et ouvrir le débat.

  • de créer un environnement propice au développement de l’estime de soi. D’utiliser par exemple l’expertise des conseillères en image. Leurs savoir faire peut redonner le sourire aux adolescents mal dans leur peau. Elles peuvent démontrer qu’il n’y a pas de mauvaises morphologies seulement des vêtements inadaptés. Apporter aussi un autre angle de vue sur la personne qui met l’accent sur les atouts au lieu de rester braqué sur les imperfections.

  • de promouvoir des activités qui libèrent les « hormones du bonheur » en dehors des réseaux sociaux. Par exemple en pratiquant un loisir, en faisant du sport, en rigolant avec ses amis, en faisant des bonnes actions, en pratiquant la gratitude, en profitant de la nature, en prenant quelqu’un dans ses bras …


*Je vous le confirme l’auteur de cet article est né bien avant la création de facebook. Ce qu’il y a de merveilleux après le développement d’internet, c’est qu’il vous faudra 10 secondes cher lecteur d’aujourd’hui pour trouver ce que signifie « deuxième effet Kiss cool » ;-)



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